Source: FSRP Madagascar
A Madagascar, la résilience alimentaire et la lutte contre l’insécurité nutritionnelle prennent aujourd’hui un nouveau visage. Porté par le Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage (MINAE) et financé par la Banque Mondiale, le Projet de Résilience des Systèmes Alimentaires à Madagascar (FSRP) avec l’appui du Global Agriculture and Food Security Program, soutient une approche intégrée qui relie agriculture, nutrition, éducation et marché local. L’une de ses initiatives phares – l’alimentation scolaire basée sur les achats locaux – démontre de manière concrète comment des solutions simples et durables peuvent transformer la vie des communautés rurales.
Un modèle qui renforce l’économie locale et l’éducation
L’alimentation scolaire basée sur les achats locaux vise un double objectif : mieux nourrir les enfants pour améliorer leur apprentissage, tout en créant un débouché stable et rémunérateur pour les petits producteurs.
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), chargé de la mise en œuvre opérationnelle dans le cadre du FSRP, appuie les organisations paysannes, les parents d’élèves et les écoles, créant une chaîne de valeur locale entièrement tournée vers le bien-être des communautés.
Cette approche contribue à:
- Renforcer la sécurité alimentaire
- Améliorer la fréquentation et la réussite scolaire
- Dynamiser la production agricole locale - Valoriser le rôle des femmes dans les cantines et les associations de parents
A Ambatolily, dans le sud-ouest de Madagascar, cette transformation est devenue visible et tangible.
Ambatolily : l’école au cœur de la transformation communautaire
Il y a encore cinq ans, les parents d’Ambatolily n’imaginaient pas que l’école pourrait devenir un moteur de changement social. Situé à une heure et demie de route de Toliara, ce village faisait face aux réalités difficiles des zones rurales : longues distances à parcourir, insécurité alimentaire, absentéisme dans les écoles lié à la période de soudure.
« Pendant la période de soudure, les enfants nous aident à chercher de quoi manger au lieu d’aller à l’école », raconte Berthe Françoise, aujourd’hui cuisinière à la cantine de l’école primaire publique du village. « En classe, ils arrivaient épuisés, affamés et incapables de se concentrer. »
L’arrivée du PAM, avec l’appui du FSRP, a marqué un tournant décisif. Une véritable dynamique locale s’est installée, reliant les producteurs, les cuisinières, les associations de parents et l’école autour d’un objectif commun : offrir aux enfants un repas nutritif chaque jour qui apporte au moins 40% des besoins énergétiques journaliers des élèves.
Des producteurs mieux formés, une production accrue
A quelques minutes de l’école, le Champ Ecole Paysans (CEP) offre aux membres de l’Organisation Paysanne TAFITASOA un lieu d’apprentissage et d’expérimentation.
Encadrés par la Direction Régionale de l’Agriculture et de l’Elevage (DRAE) et le PAM, les agriculteurs y apprennent:
- La diversification des cultures
- L’amélioration des rendements
- La gestion post-récolte
- La mise en conformité avec les exigences des cantines scolaires
Les résultats sont encourageants : en 2024, la coopérative a produit 600 tonnes de paddy, 360 tonnes de niébé, 240 tonnes de pois de cap et 70 tonnes de haricots. Une partie est stockée dans des magasins communautaires pour garantir un approvisionnement régulier des cantines.
![]() Les membres de l’OP TAFITASOA pendant la récolte des haricots | ![]() |
Des repas équilibrés, adaptés aux traditions locales
Chaque jour, les cuisinières – majoritairement des mères d’élèves – préparent des repas nutritifs en suivant les recettes du catalogue de menus de l’Office National de Nutrition (ONN), élaboré avec l’appui du PAM. Elles disposent également d’un fonds en cash pour acheter des produits frais comme la viande, le poisson, les fruits et les légumes.
![]() | ![]() Berthe Françoise sur la droite en train de cuisiner |
L’un des plats les plus populaires est le beignet de cactus aux haricots rouges, innovant, nutritif et inspiré des pratiques culinaires locales. « Pour beaucoup d’enfants, c’était la première fois qu’ils goûtaient un mets comportant du cactus. Leur enthousiasme était incroyable », se réjouit Berthe Françoise.
![]() Dégustation des beignets de haricots rouges et cactus | ![]() |
Des progrès scolaires visibles
- Les impacts se mesurent rapidement:
- Le taux de réussite au CEPE est passé de 66% à 87% entre 2023-2024 et 2024-2025
- L’absentéisme a chuté
- Les inscriptions ont bondi de 512 à 643 élèves, avec une hausse notable des garçons, souvent les plus vulnérables à l’abandon scolaire
Ces chiffres confirment que bien nourrir, c’est mieux apprendre.
Une école devenue espace de convergence
A Ambatolily, l’école n’est plus seulement un lieu d’enseignement : elle est devenue un point de convergence entre agriculture, nutrition et communauté.
Avec l’intervention des DRAE, PAM, FSRP, ce modèle montre qu’il est possible de:
- Stimuler l’économie locale
- Réduire l’insécurité alimentaire
- Renforcer l’éducation
- Impliquer les femmes dans un rôle central
- Créer des liens durables entre producteurs et institutions
L’école primaire publique d’Ambatolily incarne aujourd’hui un modèle de développement durable, reproductible dans de nombreuses régions de Madagascar.
![]() Présentation du nouveau catologue de menus auprès des élèves de l’EPP Ambatolily | ![]() |







